mardi 15 janvier 2019

Le Japon en plein air: le parc national Chubu-Sangaku



J'ai commencé mon exploration du Japon aux environs de Matsumoto. 

Matsumoto, c'est au coeur de l'archipel japonais dans la préfecture montagneuse de Nagano. La ville est reconnue pour son  (ou château) noir corbeau de plus de 500 ans. 
D'ailleurs, c'est pas mal le seul attrait de la région... si bien que ma guide était particulièrement enthousiaste de ma présence et tenait absolument à me prendre en photo devant leur chef d'oeuvre municipal. Au moins, sa présence m'aura apporté beaucoup plus qu'une photo 'stagée'. Saviez-vous que le petit bâtiment à gauche abrite la pièce des "trois lunes" parce qu'on peut y apercevoir: 1) la lune dans le ciel, 2) la lune reflétée dans les douves du château, bien sûr, et... 3) la lune reflétée dans notre verre de saké!

Autre fait intéressant: dans chaque château, il y a une salle de "sacrifice", au sommet, pour le suicide du seigneur, quand les samouraïs sont attaqués et rendent les armes. Savez-vous combien de seigneurs ont fait le hara-kiri dans le Matsumoto-jo? Eh bien, comme le château existe encore, la réponse, c'est 0 - puisque lorsqu'on vainc un seigneur, on détruit son château du même coup! Mais bonne chance pour les attaquants parce que les samouraïs du Matsumoto-jo étaient malins: ils ont tout fait pour laisser croire que le château avait 5 étages, mais ce n'est qu'un leurre! Il y en a 6! Si bien pensé! Mais ça en rend la visite un peu plus difficile, à moitié recroquevillé...





Un conseil: si vous prévoyez prendre le train hors des centres touristiques, mieux vaut savoir exactement où vous allez! Alors mon premier défi, c'était la carte des trains du village:


Ça ne serait pas la dernière fois que je me sentirai impuissante face à un réseau de transport complexe là-bas, mais la bonne nouvelle, c'est que je m'y suis toujours retrouvée! 

Enfin, mon premier objectif dans les alpes japonaises, c'était d'atteindre Kamikochi, une vallée protégée comme patrimoine culturel et bordée de montagnes de plus de 3000m. Je suis partie de Matsumoto à la première heure pour réaliser mes objectifs ambitieux de la journée: faire toute la promenade qui longe la rivière et m'amène aux ponts et aux lacs de glaciers, puis monter le volcan Yakedake, ou "la montagne qui brule", dont les dernières éruptions datent de 1962 et 1995. En bonne aventurière, je choisis de bâtir mon itinéraire de façon responsable et de commencer mon programme par l'ascension autonome de la montagne enneigée au sentier apparemment peu défini. De cette façon, en cas de pépin, j'aurai plus de chance d'être sauvée par d'autres randonneurs qui s'y attaquent après moi, pour attraper le dernier bus qui sort du parc à 17h! 

La bonne nouvelle? c'est que j'ai réussi à trouver la tête du sentier! Et que ça a été ma seule rencontre avec les singes des neiges (macaque japonais), qui m'indiquaient la direction à prendre. Les guenons, en bonne Japonaises, protégeaient leurs petits et me laissaient continuer sur le sentier en se mettant poliment sur le côté. Voilà une journée qui commence bien!


Après les macaques, il n'y avait plus âme qui vive sur les sentiers. J'ai donc profité de ma toute nouvelle liberté en me questionnant un peu sur mon choix. J'ai sérieusement douté de capacité de prise de décision quand je suis arrivée devant ce " sentier " et que j'ai poursuivi mon chemin...


Mes doutes se sont renforcés encore un peu plus lorsque, alors que j'apercevais le sommet qui me narguais à travers une tornade de grêle. Je me suis blottie entre deux arbres. Je n'osais plus quitter la protection des conifères, de peur d'être poussée par le vent hors de la crête et de me faire taillader le visage par ces petites lames de glace mesquines.


10 minutes plus tard, un petit japonais en bottes de caoutchouc me tapait sur l'épaule en me disant " Dangerous! Dangerous! " J'ai assumé que c'était le gardien de Yakedake, et je l'ai suivi à travers le temps, jusqu'à sa petite chaumière du moyen âge où il m'a préparé un café chaud en attendant que la colère du volcan ne s'apaise. 


Après qu'il m'eut convaincue, avec ses grands gestes, qu'il valait mieux ne plus essayer de monter, j'ai découvert que j'aurais mieux été équipée avec un wet suit pour la descente. Les sentiers étaient devenus des rivières et une atmosphère glauque régnait sur la montagne maintenant recouverte d'un nuage humide... Disons que l'échelle était un peu moins drôle à descendre maintenant que c'était une cascade d'eau glaciale!... 


Il était à peine 13h et j'étais (presque) trempée de la tête aux pieds (j'avais un poncho sac-poubelle, après tout), mais une fois éloignée de la colère de Yakedake, il m'a semblé que les nuages se dispersaient. La rivière de glaciers Azusa ruisselait mélodieusement. 

J'ai englouti mon lunch devant un étang silencieux avant de revenir sur les sentiers plus civilisés bordés de boutiques de souvenirs en bois rond pour visiter les dernières attractions du parc. J'en ai profité pour piquer 2-3 dégustations de sucreries (les Japonais ne m'ont jamais déçue sur ce point!) et hop, j'embarquais dans mon bus vers Hirayu-Onsen pour me rendre vers la seule façon abordable de loger dans les alpes!


Ma prochaine expérience - qui m'a longuement causé des doutes - c'était de passer la nuit dans un Onsen. Un onsen, c'est la pierre philosophale des Japonais. C'est une sorte de spa avec des bassins alimentés de sources thermales sulfureuses. Hirayu-Onsen, c'est un village de resorts. Et il y a une façon d'y dormir pour quelques dollars! Il faut savoir que les bains, c'est une tradition sacrée au japon! Il y a les bains publics, les sen-to, et les bains de sources naturelles, les onsen, Et que tout bon Japonais doit pouvoir aller prendre un bain à toute heure du jour... ou de la nuit! Alors de nombreux établissements sont ouverts 24h/24. Ça fait que parfois, pour quelques dollars supplémentaires, tu peux passer la nuit dans un spa! J'aurais bien pu passer la nuit dans les sources brulantes au souffre, mais à cette occasion, j'ai plutôt décidé de louer un 'local de sieste'. Et un local de sieste, c'est un peu comme un matelas au sol, dans une pièce fermée aux dimensions exactes du dit matelas. 

Après m'avoir fait payé dans une sorte de machine distributrice, on m'a tendu une débarbouillette et un "yukata", un hybride entre le kimono et le peignoir, et on m'a présenté ma cellule.



Plutôt que de m'y mettre tout de suite à l'aise, j'ai opté pour déposer mes affaires au vestiaire et aller explorer les facilités. 

Après m'être perdue dans les corridors déserts bordés de machines distributrices de yogourts, bières et jus, puis après m'être allègrement servie dans le bar à thé genmaicha, j'ai suivi l'odeur de souffre. En commando sous mon kimono, j'ai enfin trouvé la salle de "rinçage" pour femmes: le passage obligé avant tout bain japonais. Selon l'étiquette basée sur mes observations très scientifiques, tu dois te dénuder et amener ta débarbouillette avec toi, préférablement sur ta tête, ou pour cacher tes parties intimes du mieux possible si tu es une étrangère un peu intimidée. Tu peux ensuite te diriger dans un cubicule pour prendre place devant un miroir et t'asseoir sur un mini-tabouret, d'où tu rempliras une chaudière d'eau tiède. Armé d'un petit bol pour t'arroser, tu te rinces avant de te savonner partout, partout, partout. Ensuite, tu dois te purifier en t'arrosant longtemps avec ton petit bol, pour faire disparaître toute trace de savon. Enfin, tu peux te diriger vers les bains! 

Et c'est là que j'ai découvert ma piscine extérieure privée bien fumante.



Après plusieurs heures dans les bains et, à ma grande surprise, une nuit très respectable, j'ai décidé d'exploiter ma journée à Hirayu au max. L'application maps.me indiquait plusieurs petits tracés pointillés - signe de sentiers de randonnée à proximité, alors je me suis lancée à l'exploration et j'ai continué de faire des découvertes à couper le souffle!


Maintenant, prochaine direction: Takayama et la route des temples!



Recommandations:

Alpes : Pour ceux qui ont le temps, on m'a aussi recommandé Norikura, pour des petites randonnées dans le genre de Kamikochi.

Pour dormir dans les alpes, je pourrais recommander les Ryokans (bed and breakfast traditionnel japonais, avec le service deluxe et le souper souvent inclus, dans une chambre simple avec un futon et l'accès aux bains, habituellement). Les Minsuku sont un peu comme des Ryokans, mais type 'maison d'hôte' un peu plus moderne. 
Si vous voulez vivre la même expérience que moi, réservez une 'women nap room' à Hodakaso Sanganoyu, tout juste à côté de la station d'autobus. Ils ont un site web uniquement japonais et il est fortement recommandé de réserver par leur site en saison haute (ce que j'ai fait via une amie japonaise), mais, dans mon cas, j'étais quasi-seule, alors il n'y aurait pas eu besoin de réserver.

J'ai fait de nombreuses recherches et j'avais noté beaucoup d'autres lieux/parcs et montagnes que j'aurais aimé exploré, alors si vous voulez que je vous aide à faire un peu de débroussaillage dans une préfecture en particulier, ça me ferait plaisir!


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