lundi 8 janvier 2018

Point de départ: Mexique - Direction: Sud

Credit photo: Fx

"Avez vous hâte? Avez vous l'impression que, enfin, vous retournez à votre vie normale à la maison, un peu comme on a hâte de retourner dans nos affaires après avoir visité toute la famille pendant la semaine de Noël?"

Marie-Ève se questionnait sur nos émotions, en route vers l'aéroport.
Ça m'a fait réaliser que... EH QUE NON, je n'ai pas l'impression de retourner dans mes vieilles pantoufles. C'est épeurant un peu, encore. Ben oui, malgré qu'on s'était déjà départis de nos "grandes responsabilités" en août 2015, j'avais encore l'impression de me jeter dans le vide. On peut voir cette aventure sous plusieurs angles. D'un côté, on repousse notre carrière (si une telle chose est encore envisageable), on fragmente nos amitiés, on s'éloigne de nos familles et on saigne nos épargnes.

Et là, en pensant au pire, je me suis imaginée au seul et unique moment ou j'ai maudit cette idée d'avoir tout quitté, alors que j'avais perdu mes repères, larmoyante dans mon bunker sombre de ce train Indien au trajet interminable.
Une fois. Une seule fois en 741 jours d'aventure.
(Les autres moments difficiles ne m'ont jamais fait regretter; ils m'inspiraient plutôt à me réorienter; changer de rythme ou changer de pays)



Je retiens surtout cette tranquillité d'esprit en filant à vive allure entre les rizières ou ce sentiment d'accomplissement pour des petits riens comme réussir à atteindre la bonne destination en transport en commun après en avoir douté des heures durant.

Je pensais apprendre vingt nouvelles langues. Je voulais goûter cent nouveaux mets. Je souhaitais voir mille nouveaux paysages et je cherchais à sentir un million de nouvelles odeurs...
Je me suis laissée enivrer par des montagnes d'épices dans un marché turc et par la fumée d'encens bouddhiste dans le nord de l'Inde ;
Par des frangipanes balinaises le long des ruelles et par du parfum frais et humide de la jungle laotienne;
Par des épices fraîches ciselées dans un Pho vietnamien et par l'arôme du pain frais sortant tout chaud d'une boulangerie parisienne;
Par du houblon fermenté d'une bière belge et par du fumet délectable de coriandre, de gingembre, de citronnelle et de chili d'un curry thaïlandais.


Je me souviens de tout ça, mais également des effluves provenant des montagnes de détritus en flammes le long des rails en Inde ou de la puanteur du marché de poisson philippin;
Des centaines d'étals de viande crue d'Athènes ou de l'odeur de dépotoir noyé d'un canal traversant Bangkok;
De la fumée émanant des barbecues servant à déshydrater les calmars au Cambodge ou des relents d'égouts le long des trottoirs malais.

Je veux encore voir, savoir, entendre, humer et goûter l'inconnu, mais on a senti qu'il était temps de faire un retour au bercail. Et là, la "vraie vie" résonnait soudainement comme un immense défi: Trouver une bonne job, choisir où habiter, savoir raconter nos expériences avec justesse, dénicher un logement, démontrer de l'enthousiasme face aux questions posées cent fois, s'habituer à une nouvelle routine, gérer les relations avec la famille et les amis, essayer de conserver les bonnes habitudes acquises et tenter de devenir la personne à laquelle on avait rêvé à travers tous ces moments d'introspection.



Je m'y faisais, à mon rythme, mais... le problème avec la curiosité, c'est qu'elle est stimulée sans arrêt et qu'on désire constamment la satisfaire.

L'inconnu a un pouvoir d'attraction indéniable qui supplante encore mon besoin de sécurité.

Alors...

On est repartis.

Avec plus d'affection que jamais pour ce qui m'attends au pays, mais pas encore prête à renoncer à ce qui m'appelle ailleurs.


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