On le savait.
La saleté. Les déchets. La pollution. La pauvreté. La surpopulation. L'odeur. Le machisme. Le smog. L'hygiène générale déficiente. Les égouts à ciel ouvert...
Tout ca, on le savait. Pis pourquoi j'y tenais tant, à y aller, donc?
Bonne question.
Par curiosité?
Je pensais que je m'y plairais bien, moi, dans ce chaos. T'sais, j'suis une personne ben beeeeen ouverte d'esprit.
L'Inde, ce n'est pas glamour.
On a ben beau le savoir, je crois que c'est impossible d'être vraiment prêt à affronter l'ensemble de l'œuvre indienne. Au début, on regarde dehors en se disant que c'est exactement ce qu'on avait imaginé. On n'est pas choqué. On avait une idée de ce à quoi ressemblait le deuxième pays le plus populeux du monde, pis c'est pas mal ça. On regarde le pays de loin: à partir d'un taxi, de la fenêtre d'une chambre d'hôtel, du haut de nos préjugés... On voit le chaos qu'on avait pressenti en pensant qu'il ne nous fait pas peur.
On se dit qu'on va faire comme dans les autres pays; dans les autres villes: it's not our first rodeo!
On est un peu moins informés sur cette destination qu'on aurait voulu parce qu'on devait y rencontrer quelqu'un qui semblait avoir une bonne connaissance du pays. Cette personne a filé à l'indienne un peu avant notre arrivée. c'est raté! (Sans rancune papa ;)
On arrive donc dans le quartier Karol Bagh à Delhi en début de soirée. Le plan: un peu de recherches, on trouve une map de la ville, la station de train et hop: départ pour le désert afin de se poser un peu en faisant du bénévolat, avant d'attaquer ce pays grandiose....
L'affaire, c'est que non, on n'a pas réussi à mettre le plan en œuvre.
Surprise. Le réseau ne rentre pas: le gps est perdu pour la première fois du voyage et impossible de se retrouver sur mon application de carte de la ville.
" Le Wifi de l'hôtel ne fonctionne pas pour l'instant. Non: on n'a pas de carte de la ville à vous donner. Aller dans le Rajasthan en train demain? Vous êtes fous ou quoi? Les trains sont pleins depuis des semaines! "
Bah... Pas de problème han! On s'ajuste nous autres, on est des voyageurs ben ben expérimentés! On va aller en ville pis trouver une solution!
" Ça fait combien de temps que vous êtes en Inde? Aaaaaaaahhhhhhhhhh, juste quelques heuuuuuures? Mais c'est geeeeeeenial! Come, my friend "
Nos voyages nous ont appris à faire confiance; à se laisser aller; a dire oui. C'est comme ca qu'on fait nos plus belles rencontres et qu'on a nos plus belles expériences...
Pis y'a eu l'Inde...
On a appris que le "come my friend" indien n'est pas le même que le "come my friend" Grec. Ça, non.
Pour bien des indiens, nous, les blancs, on est différent. Des foreigners. On ne peut pas faire mine de s'intégrer ici. On est des blancs, et les blancs, on les voit de loin. Des poissons parfaits.
On l'a compris, peu à peu. Pis on a changé notre façon d'agir.
En moins de 2 jours, on a dû se départir de cette ouverture à l'autre qu'on avait développée. On est devenu autoritaires. Méfiants. Exigeants. Craintifs. Radins. On ne s'aimait plus, avec cette carapace forgée par le doute et la suspicion.
" Non, j'en veux pas de ton masala chai.
Non, pas question que j'aille visiter ta maison.
Tu veux juste parler avec moi? Je ne te crois pas.
J'en prendrai pas de photos de vous, enfants de 4 ans. Vous allez vouloir de l'argent ou me faire les poches.
J'exige une meilleure chambre!
Non, t'en auras pas de tip. J'ai déjà payé pour mon service."
Le modus operandi de ceux qui font affaire avec les touristes? On sème le doute dans leur esprit et quand les blancs sont vraiment vulnérables; qu'ils ne comprennent plus et qu'ils sont un peu perdus, on en tire avantage.
Boom.
Welcome to India.




Wow, superbe texte Jess, tellement vrai (et j'inclu la connaissance qui a filé à l'indienne Lolll). Et l'Inde n'est pas seule dans cette situation. Tout l'Afrique et la majeure partie de l'Asie sont comme ça, quoiqu' un peu moins pire... En fait tout endroit qui a subi le colonialisme et où la couleur de notre peau nous identifie rapidement!
RépondreSupprimerIII boy. Ça change de votre éternelle générosité et sociabilisme (c'est un mot, oui oui!). Juste à lire ces dernières lignes, je me vois "pogner les nerfs"...MIK, je comprends tellement tes réactions...!
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