Selon notre hôte Ugur, il n'était pas question qu'on n'aille pas faire la fête dans le quartier huppé d'Istanbul.
On a donc joué le jeu.
Après 2 nuits dans des aéroports et une en autobus, on a fait fi de notre fatigue et on s'est précipité sous la douche! On a ensuite pu célébrer notre arrivée avec un verre de vin et quelques bières pour bien démarrer la soirée en compagnie de nos hôtes!
Il est 23h. Direction Taksim, là où le nightlife istanbuliote prend vie.
Alors qu'on déambule parmi les ruelles piétonnes colorées du centre-ville, Hassan nous avoue qu'il ne vient pas souvent, mais qu'il tenait à sortir avec nous ce soir! "In Taksim, our chances of dying increase by 50%!"
Encourageant.
Notre soirée s'est toutefois déroulée à merveille :
1- entrée dans un bar ne servant que des shooters (on repassera pour mon RhumandCoke),
2- musique TRÈS forte avec un danseur BEAUCOUP trop en feu (un vidéo ici aurait été parfait) et finalement
3- de la musique PoP pas trop masculine (je veux dire, quel homme qui se respecte danserait et chanterait à tue tête ''Only girl in the world'' de Rihanna sans rire... ah oui, le danseur du point #2!) qui nous fait regretter DJ Artys (Fabrice Lucien).
4- On est revenus au petit matin sans encombre!
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Le lendemain, on se réveille tranquillement quand Ugur, notre hôte, nous informe des attaques de Paris.
On n'avait pas d'accès internet, alors on se dirige vers un café où nous passerons les 5 prochaines heures, Jess à lire sur son téléphone; Mik sur sa tablette.
Tout d'abord, merci à François pour les nouvelles: la famille Lacombe/de Repentigny se porte bien.
Nous vous épargnons nos sentiments sur la question. On a bien beau essayer de se forger une opinion sur le sujet en amassant une foule d'informations, mais plusieurs articles démontrent souvent un seul côté de la médaille et l'ampleur du conflit qui est à la base de ces attaques dépasse notre entendement.
Dans les nouvelles, un élément a spécialement attiré notre attention: le 15 novembre au matin, la Presse produit un article concernant le gouvernement Turc qui aurait déjoué une attaque à Taksim à Istanbul, le soir du vendredi 13. Finalement, c'est Hassan (un ami d'Ugur) qui avait raison concernant les risques du secteur...
Au cours des jours qui suivent, nous demeurons émotifs par rapport à ces événements. Ben oui, C'est bien dommage que c'est ce que ça prenait pour éveiller notre interêt. On se sent touchés de plus près mais tout aussi impuissants.
Alors on en a parlé. On a discuté de ce que ça nous inspire. De nos perceptions. De nos opinions. Entre nous, mais aussi avec nos nouveaux amis turcs. Ces événements allaient alimenter nos discussions avec Selcen, étudiante en politique qui nous accueillait le lendemain.
Un voyage comme le nôtre nous ouvre les yeux sur le monde, et les parallèles historiques et culturels à faire sont parfois nombreux.
Lors de notre visite à Berlin, nous avons découvert un peuple honteux de son histoire; Encore marqué par les cicatrices du passé. Un peuple dont les ancêtres n'ont eu d'autres choix que de subir le pouvoir accordé au gouvernement Nazi et ce qui s'en est suivi. Hanté par la doctrine : ''if you are not with us, you are against us''.
Ce point de vue de l'intérieur, je ne le connaissais pas. Cette frustration concernant leur image projetée, je n'étais pas au courant. Ce côté de la médaille, il m'était totalement inconnu.
Avant de vivre Berlin, les allemands étaient seulement les méchants dans les jeux de société et les jeux vidéos de mon enfance. Maintenant, je sais que c'était aussi un peuple qui vivait dans la peur.
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Juin 2015 - le gouvernement Turc de droite perd la majorité lors des élections. Afin de bien diriger le pays, ce gouvernement tente de former une coalition avec l'un ou l'autre de l'opposition pour obtenir le contrôle de la nation. Or, suite à plusieurs rencontres, aucun des autres partis n'accepte de s'y associer (heureusement, nous a-t-on dit). Afin de reprendre le pouvoir absolu, le gouvernement turc déclenchera de nouvelles élections 5 mois plus tard.
Entre temps, la Turquie vivra des moments difficiles, où le peuple sera aliéné par les médias et où on entretiendra le culte de la peur. Une peur que, apparement, seul le gouvernement en place sera capable d'apaiser. Le point culminant fut en octobre à Ankara (la capitale) lors d'une manifestation de paix (3 semaines avant les élections) où une bombe sauta, faisant plus d'une centaine de morts (https://en.m.wikipedia.org/wiki/2015_Ankara_bombings).
Cette bombe, d'où provenait-elle? Qui en étaient les responsables?
Des questions encore aujourd'hui non répondues.
Évidemment, le gouvernement turc minoritaire en profitera pour dénoncer les dangers liés au terrorisme; seul leur parti sera en mesure d'assurer une protection à tous les citoyens... Et la propagande qui a fait ses preuves lors de la montée du parti Nazi en 1932 en Allemagne a encore fait son œuvre près de 85 ans plus tard. Résultat : le parti minoritaire devint majoritaire au terme des élections de novembre.
Une journée après Paris, on nous apprend que c'est ce parti qui se félicite d'avoir déjoué des attaques terroristes à Istanbul. Y avait-il un réel danger lors de ce vendredi 13 à Istanbul?
Une histoire peut avoir plus d'une version. Dans le monde contrôlé par les médias, l'une ressort souvent plus qu'une autre.
Entre le 13 et le 15 novembre, nous avons été choqués, tristes, estomaqués, indignés, craintifs et dubitatifs de ce qui se passait autour de nous. Nous avons cherché à comprendre et nous avons grandi de cette expérience. Le 14 novembre, Nous sommes demeurés à l'appartement. Nous ne partageons pas les points de vue de ceux qui demandaient à la population de se relever et de sortir le plus rapidement possible. Nous avions peur, une peur que seul le temps estompera. Mais cette peur, nous l'avons utilisée afin de nous questionner, nous informer et nous avons cherché la deuxième version de l'histoire.
En ce samedi 14 novembre, nous n'avons pas signé de pétition, nous n'avons pas mis notre photo facebook au couleur de la France (aucun jugement ici), nous ne sommes pas sortis au restaurant continuer de vivre comme si de rien n'était. Non. Ce samedi là, nous avons grandi en tant qu'individus. Nous nous sommes instruits, avons réfléchis et aujourd'hui, nous écrivons ces quelques mots pour nous rappeler que nous avons été gagnants de ce triste événement. C'est ainsi que nous manifestons notre solidarité.
J'ai des frissons!
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